« On ne se refait pas. » La formule est rassurante pour qui ne veut pas changer, et désespérante pour qui le voudrait. Pendant longtemps, la psychologie lui a d'ailleurs donné raison. Elle a changé d'avis. Les grandes études qui suivent les mêmes personnes pendant des décennies montrent aujourd'hui que la personnalité est stable, mais pas figée : elle évolue tout au long de la vie, souvent dans le même sens pour tout le monde, et une part de ce changement peut être voulue. Voici ce que l'on sait, ce que l'on ignore encore, et ce qui marche vraiment quand on veut évoluer.
« Fixée comme du plâtre » : une vieille idée
En 1890, le psychologue et philosophe américain William James écrit que chez la plupart des gens, à trente ans, le caractère s'est « fixé comme du plâtre » et ne s'assouplira plus jamais. Un siècle plus tard, deux figures majeures de la recherche sur le Big Five, Paul Costa et Robert McCrae, défendent une version moderne de cette thèse : les traits seraient des dispositions largement biologiques, qui se stabilisent au début de l'âge adulte et ne bougent presque plus ensuite.
L'idée n'est pas absurde. Les traits de personnalité sont en partie héritables : les études de jumeaux attribuent aux gènes de l'ordre de 40 à 50 % des différences entre individus. Et il suffit de retrouver un ami d'enfance pour constater que le bavard est resté bavard et le rêveur, rêveur. Mais la science a depuis appris à poser la question plus finement, et la réponse s'est nuancée.
Stable ou changeant ? Les deux à la fois
Tout dépend de ce qu'on appelle « changer ». Les chercheurs distinguent deux choses. La stabilité relative désigne le maintien de votre position par rapport aux autres : si vous étiez plus extraverti que vos camarades à vingt ans, l'êtes-vous encore à cinquante ? Le changement moyen désigne l'évolution de tout le monde en même temps : la population dans son ensemble devient-elle plus extravertie, plus consciencieuse, plus calme avec l'âge ?
Sur le premier point, une grande synthèse publiée en 2000 par Brent Roberts et Wendy DelVecchio a montré que la stabilité relative augmente progressivement avec l'âge. Faible dans l'enfance, elle se renforce à l'âge adulte et atteint son maximum entre cinquante et soixante-dix ans. Même alors, elle reste loin d'être parfaite : la personnalité ne cesse jamais tout à fait de bouger. Le plâtre de William James durcit lentement, et il ne prend jamais complètement.
Sur des durées très longues, l'écart se creuse. Une étude américaine qui a retrouvé près de deux mille personnes interrogées à seize ans pour les réinterroger cinquante ans plus tard observe à la fois une stabilité relative modeste et des changements nets. Une étude écossaise, qui comparait des évaluations faites à quatorze ans par des enseignants avec d'autres faites à soixante-dix-sept ans, ne retrouvait presque plus aucun lien, même si ses mesures étaient plus grossières. Sur une vie entière, la personne que vous serez peut donc sensiblement différer de celle que vous étiez.
Le principe de maturité
Le résultat le plus frappant concerne le changement moyen. En 2006, une méta-analyse de quatre-vingt-douze échantillons longitudinaux, menée par Roberts, Kate Walton et Wolfgang Viechtbauer, a dessiné une trajectoire remarquablement régulière. En vieillissant, nous devenons en moyenne plus consciencieux, plus stables émotionnellement et plus agréables dans nos relations. L'assurance sociale progresse au début de l'âge adulte, tandis que l'ouverture et le goût de l'agitation sociale augmentent à l'adolescence puis déclinent doucement dans la vieillesse.
Les chercheurs ont baptisé cette tendance le principe de maturité : la plupart des gens évoluent vers les traits qui facilitent la vie d'adulte, organisée, sociable, moins réactive. Fait notable, l'essentiel de ce mouvement se produit entre vingt et quarante ans, et il se poursuit bien après trente ans, contrairement à ce que voulait la thèse du plâtre. La jeunesse adulte, avec ses premiers emplois, ses premiers engagements et ses premières responsabilités, est la période où la personnalité change le plus.
Pourquoi on change : les rôles et les situations
Comment expliquer cette maturation ? L'hypothèse la plus étayée est celle de l'investissement social. En prenant des rôles d'adulte (un travail, une relation durable, parfois des enfants), nous nous retrouvons dans des situations qui récompensent la fiabilité, la patience et le sang-froid. À force d'adopter ces comportements, ils finissent par devenir les nôtres. Une étude conduite dans soixante-deux pays va dans ce sens : la maturation est plus précoce dans les cultures où l'on entre plus tôt dans la vie active et la vie de famille.
Les événements de vie jouent aussi un rôle, mais plus modeste et plus variable qu'on ne l'imagine. Un premier emploi, une relation stable, une période de chômage ou une retraite peuvent infléchir certains traits, souvent légèrement, et pas de la même manière chez tout le monde. Ce n'est pas l'événement lui-même qui transforme, c'est la façon dont il modifie, durablement, ce que l'on fait au quotidien.
Peut-on changer volontairement ?
La question intéresse beaucoup de monde : interrogées, une grande majorité de personnes déclarent vouloir changer au moins un trait, le plus souvent devenir plus consciencieuses, plus sereines et plus à l'aise socialement. Pendant longtemps, la recherche n'avait pas grand-chose à leur répondre. Elle commence à le faire.
Le premier indice vient de la psychothérapie. En 2017, une méta-analyse de plus de deux cents études a montré que les interventions thérapeutiques s'accompagnent de changements nets de la personnalité, en quelques mois seulement, et que ces changements tiennent dans le temps. Le trait qui bouge le plus est la stabilité émotionnelle, suivie de l'extraversion. La plupart de ces thérapies ne visaient pourtant pas la personnalité : elles traitaient l'anxiété ou la dépression, et la personnalité a suivi.
Le second indice vient d'études conçues pour cela. Des chercheurs américains, Nathan Hudson et Chris Fraley, ont suivi pendant plusieurs mois des étudiants désireux de changer un trait : ceux qui traduisaient leur souhait en actions concrètes ont effectivement évolué dans le sens voulu. Les travaux suivants ont précisé que ce n'est pas l'intention qui compte, mais le passage à l'acte répété : les participants qui réalisaient vraiment les petits défis proposés changeaient, ceux qui se contentaient de les accepter, non. En Suisse, un programme de trois mois sur application mobile a obtenu des changements encore visibles trois mois après la fin de l'accompagnement.
Ces effets restent modestes : on parle d'un déplacement sur l'échelle, pas d'une métamorphose. Un grand introverti ne deviendra pas l'âme de toutes les fêtes. Mais un déplacement modeste et durable suffit souvent à changer la vie quotidienne, et c'est exactement ce que la plupart des gens recherchent.
Ce qui marche, ce qui ne marche pas
Les études convergent vers quelques principes simples. Le premier est de viser un comportement, pas un trait. « Devenir plus consciencieux » ne dit pas quoi faire lundi matin ; « noter mes tâches du lendemain avant de quitter le bureau » le dit. Le trait n'est que la somme, avec le temps, de comportements devenus habituels.
Le deuxième est de planifier les situations. Les intentions formulées sur le modèle « si telle situation se présente, alors je ferai ceci » sont nettement plus efficaces que les bonnes résolutions générales. Le troisième est la répétition : c'est la pratique régulière, sur des semaines et des mois, qui fait passer un comportement du statut d'effort à celui d'habitude. Le quatrième est l'environnement : un entourage, un poste ou une organisation qui sollicitent le comportement voulu font une grande partie du travail à votre place.
Ce qui marche mal, à l'inverse : les résolutions vagues, le changement imposé de l'extérieur sans adhésion, et la tentative de tout changer d'un coup. Et ce qui ne marche pas du tout : se juger. Les traits n'ont pas de bon ou de mauvais pôle dans l'absolu, et vouloir changer parce qu'on s'estime défectueux est le plus mauvais des points de départ.
Changer de comportement sans changer de personnalité
Il existe une voie intermédiaire, souvent plus réaliste. Les recherches de William Fleeson montrent que d'un jour à l'autre, et même d'une heure à l'autre, chacun de nous varie énormément autour de sa moyenne : le plus introverti a ses moments de grande sociabilité, le plus désordonné ses journées impeccables. La personnalité décrit une tendance, pas une contrainte permanente.
Le psychologue Brian Little parle de traits libres pour désigner ces moments où l'on agit délibérément à rebours de sa nature parce qu'un projet qui nous tient à cœur l'exige : l'introvertie qui donne une conférence brillante, le désordonné qui tient un planning millimétré pour un déménagement. C'est possible, souvent réussi, mais cela coûte de l'énergie, et il faut ensuite s'accorder des moments de récupération. Notre article « Introverti ou extraverti ? » développe cette idée.
Et quand le résultat d'un test change ?
Beaucoup de gens découvrent qu'ils ont « changé de personnalité » en repassant un test et en obtenant un résultat différent. Il faut alors distinguer deux cas. Avec une typologie qui range en catégories, comme le modèle à seize types, une personne proche de la frontière entre deux pôles peut basculer d'un type à l'autre d'une passation à la suivante sans que rien n'ait changé en elle : c'est la mesure qui hésite, pas la personne. C'est l'une des critiques classiques adressées à ces modèles, que nous détaillons dans « MBTI ou Big Five ? ».
Avec un modèle à échelles continues, comme le Big Five, un écart de quelques points est lui aussi du bruit de mesure, lié à l'humeur et au contexte du jour. Un déplacement net, confirmé par plusieurs passations espacées de quelques mois, peut en revanche traduire une évolution réelle. Il en va de même pour le style d'attachement ou l'estime de soi, qui sont plus sensibles encore aux expériences de vie que les grands traits.
Mesurer pour suivre son évolution
Si vous voulez travailler sur un trait, commencez par le mesurer. Le Big Five en 50 items donne en une dizaine de minutes votre position sur les cinq grandes dimensions ; la version en 120 items détaille les facettes de chacune, ce qui est utile pour viser un aspect précis plutôt qu'un trait entier. En créant un compte, vous conservez vos résultats et pouvez les comparer d'une passation à l'autre, à six mois ou un an d'intervalle. Le test du style d'attachement se prête au même suivi pour la vie relationnelle.
Et si le changement que vous visez touche à une souffrance (une anxiété envahissante, des relations qui se répètent douloureusement, une image de vous-même qui vous empêche d'avancer), la recherche est claire : c'est l'accompagnement par un professionnel qui produit les effets les plus nets et les plus durables. Un test vous aidera à mettre des mots sur le point de départ ; le chemin, lui, se fait rarement seul.