Vous allez commencer un bilan de compétences, ou vous y pensez, et vous vous demandez quels tests vous attendent et à quoi ils serviront. Disons-le d'emblée : un bilan ne se résume pas à des tests, et aucun test ne vous dira quel métier faire. Mais bien choisis et bien placés, quelques questionnaires donnent des mots à ce que vous sentez confusément, ouvrent des pistes auxquelles vous n'auriez pas pensé et font gagner des heures d'entretien. Voici lesquels, à quelle étape du bilan, et comment en tirer le meilleur, que vous soyez bénéficiaire ou consultant.
Le bilan de compétences, en deux mots
En France, le bilan de compétences est encadré par le Code du travail (articles L.6313-4 et R.6313-4 et suivants). Son but : analyser vos compétences professionnelles et personnelles, vos aptitudes et vos motivations, pour définir un projet professionnel et, s'il le faut, un projet de formation. Il dure au plus vingt-quatre heures, réparties sur plusieurs semaines, et se finance le plus souvent par le compte personnel de formation, parfois par l'employeur ou France Travail. Il ne peut avoir lieu qu'avec votre consentement, et il se déroule en trois phases : une phase préliminaire (analyser votre demande, définir ce que vous attendez), une phase d'investigation (explorer, construire le projet ou des alternatives) et une phase de conclusions (établir le projet et ses étapes, dans un document de synthèse).
Un point mérite d'être connu avant même de commencer : vous êtes seul destinataire des résultats détaillés et de la synthèse. Rien ne peut être transmis à votre employeur ou au financeur sans votre accord, et l'organisme doit détruire les documents à la fin du bilan, sauf si vous demandez par écrit à les conserver pour un suivi, un an au plus. Les tests que vous passerez obéissent à la même règle : ils vous appartiennent.
Ce qu'un test peut faire dans un bilan, et ce qu'il ne peut pas
La loi ne prescrit aucun test, et beaucoup de bilans en utilisent peu. Leur place est celle d'un support d'entretien. Un bon questionnaire fait trois choses : il met des mots sur une facette de vous (vos intérêts, vos conditions, vos valeurs, votre fonctionnement), il la met en forme (un profil, un graphique, un classement), et il vous donne quelque chose à discuter avec le consultant à la séance suivante. C'est précisément parce qu'il est imparfait qu'il est utile : « je ne me reconnais pas dans ce résultat » est souvent le début de la conversation la plus féconde du bilan.
Ce qu'un test ne fait pas : mesurer vos compétences (il mesure des préférences, pas des aptitudes), prédire votre réussite, ou désigner un métier. Et ce qu'il ne doit jamais devenir : une étiquette. Un résultat est une photographie à un instant donné, prise à travers un objectif particulier. Il décrit, il n'enferme pas.
Phase préliminaire : un test court pour ouvrir la discussion
Au début du bilan, il est trop tôt pour explorer des pistes. En revanche, c'est le bon moment pour comprendre comment vous vous mettez en mouvement. Le test de l'orientation régulatrice, issu des travaux du psychologue Tory Higgins, situe votre motivation entre deux moteurs : la promotion, tournée vers ce que l'on peut gagner, et la prévention, tournée vers ce que l'on pourrait perdre. Une dizaine de minutes suffisent.
Pourquoi commencer par là ? Parce qu'une transition professionnelle se vit très différemment selon le moteur dominant. Une personne orientée promotion aura besoin qu'on lui ouvre grand les possibles et qu'on la freine un peu sur la vérification ; une personne orientée prévention aura besoin de sécuriser chaque étape avant d'envisager la suivante, et prendra un bilan trop « rêveur » pour une perte de temps. Le savoir dès le départ permet au consultant d'adapter le rythme, et à vous de comprendre vos propres réticences. Notre guide « Comprendre l'orientation régulatrice » détaille le modèle.
Phase d'investigation : quatre facettes, quatre tests
C'est le cœur du bilan, et le moment où les tests sont les plus utiles. Quatre facettes méritent chacune leur outil, à passer dans cet ordre si vous partez de zéro.
Vos intérêts, avec le RIASEC. Le modèle de John Holland classe les activités en six grands types (réaliste, investigateur, artistique, social, entreprenant, conventionnel) et vous donne un code de deux ou trois lettres qui ouvre sur des familles de métiers. C'est le test qui élargit : il met sur la table des voies auxquelles vous n'aviez pas pensé, y compris en dehors de votre secteur. Pour un bilan, c'est presque toujours le premier à passer. Voir « Comprendre le RIASEC ».
Votre fonctionnement, avec le Big Five en 120 questions. Le modèle de personnalité le mieux établi par la recherche décrit cinq grandes dimensions, chacune en six facettes. Dans un bilan, il sert moins à vous « typer » qu'à repérer les environnements qui vous conviennent : avez-vous besoin de cadre ou de liberté, de contact permanent ou de concentration, de nouveauté ou de maîtrise ? La version longue est préférable ici, parce que ce sont les facettes, pas les grands traits, qui éclairent un choix de poste. Voir « Comprendre le Big Five ».
Vos conditions non négociables, avec les ancres de carrière. Le modèle d'Edgar Schein répond à une question que les deux précédents laissent de côté : à quoi ne renonceriez-vous pas ? Autonomie, sécurité, expertise, management, création, service, défi ou équilibre de vie. C'est le test qui départage : quand plusieurs pistes se valent, il dit laquelle vous rendra malheureux malgré tout. Un projet séduisant sur le papier mais qui heurte votre ancre ne tiendra pas. Voir « Comprendre les ancres de carrière ».
Vos priorités de vie, avec les valeurs de Schwartz. Dix valeurs universelles, classées par ordre d'importance pour vous : autonomie, réussite, bienveillance, sécurité, tradition, stimulation… Là où les ancres parlent du travail, les valeurs parlent de la vie entière, et donc du sens que le projet devra servir. Elles sont particulièrement utiles quand la reconversion est portée par un malaise que l'on n'arrive pas à formuler : souvent, c'est une valeur importante que le poste actuel contrarie. Voir « Comprendre les valeurs de Schwartz ».
Ces quatre tests demandent au total une heure environ, mais ne les enchaînez pas : un par semaine, entre deux entretiens, donne le temps de digérer chaque résultat et d'en parler. Tous ne sont pas nécessaires à tout le monde ; un consultant choisira ceux qui répondent à votre demande.
Phase de conclusions : vérifier que le projet a du sens
Quand une ou deux pistes se dessinent, avant de rédiger la synthèse, il reste à vérifier qu'elles vous portent. L'Ikigai croise quatre questions : ce que vous aimez, ce que vous savez faire, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi l'on peut vous payer. Honnêteté oblige, ce schéma à quatre cercles est une adaptation occidentale sans validation scientifique : ce n'est pas un instrument de mesure mais un cadre de réflexion. C'est exactement ce dont on a besoin à ce stade. Il révèle la pièce manquante d'un projet (passionnant mais invendable, viable mais vide) et donne une structure au dernier entretien. Voir « Comprendre l'Ikigai ».
C'est aussi le moment de relire l'ensemble des résultats côte à côte. Un code RIASEC social et artistique, une ancre autonomie et une valeur bienveillance en tête ne désignent pas un métier, mais ils dessinent un territoire : aider ou créer, à son compte ou dans une structure peu hiérarchisée, au service de personnes plutôt que d'une organisation. La synthèse du bilan consiste à nommer ce territoire et à y tracer un chemin.
Comment bien passer ces tests
Quelques règles simples changent beaucoup la qualité de ce que vous en tirerez. Répondez pour vous, pas pour le poste visé. Il n'y a pas de bonnes réponses, personne ne vous recrute, et une réponse arrangée produit un profil qui ne vous aidera pas. Répondez vite, avec la première réaction : les questionnaires sont conçus pour cela, et l'hésitation introduit plus de bruit que de précision. Choisissez un moment calme : la fatigue et une mauvaise journée pèsent sur les résultats, surtout pour la personnalité.
Ensuite, ne lisez pas le résultat seul. Notez ce qui vous surprend, ce que vous contestez, ce qui vous soulage, et apportez ces notes à l'entretien. Enfin, gardez vos résultats : en créant un compte sur Personarium, ils restent accessibles, et vous pourrez repasser un test dans un an pour mesurer le chemin parcouru. Les intérêts et les valeurs bougent peu, les ancres se précisent avec l'expérience, et l'orientation régulatrice peut changer avec la situation.
Pas encore de bilan ? Commencez quand même
Rien n'empêche de passer ces tests avant d'avoir trouvé un organisme, ou même sans bilan. Ils sont gratuits sur Personarium et vous arriverez au premier entretien avec une matière déjà réfléchie, ce qui fait souvent gagner une séance. Si vous ne savez pas par lequel commencer, notre assistant « Quel test choisir ? » vous guide selon votre objectif, et le guide « Quel test pour mon orientation professionnelle ? » approfondit la combinaison RIASEC, Ikigai et ancres.
Vous êtes consultant en bilan ?
Personarium propose un espace pour les professionnels qui reprend le parcours décrit ici. Vous envoyez à chaque bénéficiaire les tests de votre choix, dans l'ordre qui convient à son bilan ; il les passe depuis son propre compte, où il retrouve ses résultats tout au long de l'accompagnement ; vous suivez l'avancement, recevez des rapports PDF datés à verser au dossier, et rien n'est transmis à un tiers. Les premiers tests sont offerts pour essayer sur un bilan réel, et chaque test rappelle ce qu'il mesure et ce qu'il ne mesure pas, ce qui est précisément la posture qu'exige le bilan.